L’enfant comme ennemi, hier et aujourd’hui | Déjà-vu | Francetv info

L’enfant comme ennemi, hier et aujourd’hui | Déjà-vu | Francetv info

pvajda No Comment
Geopolitique

La controverse qui s’ouvre alors dans la presse et dans l’opinion diffère évidemment du cas des enfants de djihadistes aujourd’hui : de 1914 à 1918, ces mères sont victimes de viols, souvent commis en groupe et dans des conditions atroces, et n’ont en aucun cas voulu leur naissance. En revanche, les questions qui se posent autour de l’avenir des nourrissons évoquent pour partie les discussions actuelles. Le débat public tourne d’ailleurs moins autour du viol que de l’avenir de ces enfants dont les pères sont des « Boches », l’ennemi héréditaire par excellence, abondamment diabolisé par la propagande.

 

Sur le front est, les journaux allemands et austro-hongrois accusent les Russes de multiplier les Kosakengreuealten (atrocités cosaques) en Prusse orientale tandis que les Serbes et les Russes dénoncent des actes équivalents. Sur le front ouest, les médias belges et français dénoncent la brutalité des soldats allemands. Et dans la longue liste des atrocités commises, l’une ressort avec force en janvier 1915 dans les journaux français avec la publication d’un rapport d’enquête : « les attentats contre les femmes et les jeunes filles », autrement dit les viols. Impossibles ou presque à quantifier mais de toute évidence nombreux, ces crimes ont parfois pour conséquence la naissance d’enfants non désirés et l’apparition d’un débat particulièrement dur autour du sort qui doit être réservé à ces « enfants de l’ennemi [1] », rejetons de la « bestialité allemande ».

 

Dès le début de la Grande guerre, à l’été 14, les combats s’accompagnent d’une série de crimes de guerre, quel que soit le camp considéré : incendies, pillages, destructions, assassinats de civils… Ces actes, aussitôt relayés et dénoncés dans les médias des différents belligérants, sont le plus souvent présentés comme une preuve de la nature profondément odieuse et cruelle de l’adversaire.

 

Les positions semblent irréconciliables entre ceux qui rappellent que la centaine d’enfants de djihadistes français aujourd’hui présents en Syrie ou au Kurdistan sont avant tout de très jeunes enfants qui ne sont coupables de rien et ceux qui – comme l’ex-procureur de Paris François Molins – voient en eux des « bombes à retardement ». Particulièrement brutal et souvent caricatural, le débat actuel n’a pourtant rien à envier à la violence parfois inouïe de ceux d’hier.

 

Quelle place accorder aux enfants de l’ennemi ? Pourquoi leur reprocher les crimes ou des fautes de leurs parents ? Quel avenir leur réserver ? Faut-il les rejeter ou les intégrer à la communauté nationale ? Ces questions qui surgissent dans le débat public avec l’affaiblissement de l’État Islamique ont déjà divisé l’opinion publique par le passé, en particulier lors de la première guerre mondiale.

 

 

Laisser une réponse